Mon ego, mon ami

Il est vrai que notre ego peut parfois ressembler à un frein. A cause de lui on a peur, à cause de lui on n'ose rien, à cause de lui on reste enfermé dans notre zone de confort, à cause de lui... Mais est-il vraiment la cause de tous nos maux, n'en est-il pas simplement la conséquence ?
En réalité notre ego n'est rien d'autre qu'une partie de nous en souffrance et qui nous demande de l'aide.

En effet, notre ego ne nous veut pas de mal, bien au contraire, il cherche tellement à nous protéger qu'il nous sur-protège. Il n'est pas totalement inutile ou mauvais, il est comme une seconde maman un peu étouffante qui souhaite nous épargner bien des souffrances. Mais, à trop vouloir nous protéger il nous empêche de vivre, enfin pour dire vrai, NOUS nous empêchons de vivre.
Il ne faut pas chasser son ego, il faut l'apprivoiser, et pour cela il faut le rassurer, l'apaiser. l'aimer, le voir comme un enfant qui a besoin d'amour et de protection. Nous devons lui redonner sa bonne place, celle de l'enfant, et non celle de la maman étouffante, avec amour, paix et bienveillance.
Car lutter contre son ego revient à être dans l'ego, et ce n'est absolument pas productif.

J'insiste sur le fait que notre ego ne nous veut pas de mal, il cherche simplement à se protéger, donc nous protéger et si il parvient à s'imposer c'est qu'une partie de nous le réclame. Il faut alors identifier la partie en nous qui souhaite ainsi se couvrir en mettant en lumière la blessure, le doute, la peur, qui nous éloigne de nous même. Car l'ego ne peut que s’immiscer dans des failles, il n'est jamais là par hasard et s'il est présent c'est que nous le voulons et le nourrissons. Nous ne sommes jamais véritablement pris au piège de notre ego puisque c'est nous qui lui donnons le pouvoir que nous souhaitons.

Pour parvenir à s'en détacher, il est bon de se demander ce qui nous effraie à être qui nous sommes ? Les autres, nous-même ? Perdre des amis, ne plus se reconnaître ? Le manque de confiance ? Car il existe forcément un petit quelque chose en nous qui maintient en place ce garde-fou qu'est l'ego
Et souvent c'est très bien ainsi, car tout doit avancer à son rythme. Chaque barrière se lève au fur et à mesure de notre avancée, durant notre évolution le temps est notre allié. Alors, peut-être que l'ego nous enquiquine, mais il est présent à notre seule demande.

Voici un exemple personnel :
Quand j'ai commencé mon métier d'illustratrice, il y a des années de cela, je n'avais alors pas totalement confiance en moi, en ma personne, mais, j'avais confiance en ma capacité à faire de beaux dessins, ce qui est totalement différent. 
Je travaillais bien, mes illustrations plaisaient, mais je n'avais pas foi en qui j'étais, alors, le fait de voir des éditeurs m'accorder leur confiance et me proposer des projets me donnait des ailes. Et, cerise sur le gâteau, voir mon nom sur une couverture de livre me rendait fière de moi et heureuse ! 
Ce premier livre tant attendu, je m'en souviens encore. J'avais envie de le montrer au monde entier. 
Cet album emplissait mon cœur de joie, mais aussi, me donnait peu à peu confiance en qui j'étais. 
Avec du recul, je me rends compte que c'était en partie mon ego qui se nourrissait de cela, de cette fierté du travail bien accompli.
Il était comme un enfant qui avait besoin du regard approbateur et plein d'amour de ses parents.

On entend partout que l'on doit dépasser son ego, ce qui est vrai, et pour cela on doit travailler avec lui, le rassurer, le chouchouter, il n'est pas notre ennemi, il est simplement une partie de nous qui manque d'amour. 
Alors, travailler quelques temps main dans la main avec lui peut nous délivrer pour la suite. Mais pour cela, pour que ce travail s'avère efficace, nous devons également apprendre à le reconnaître et l'accepter, autrement nous restons sous sa coupe et ne pouvons évoluer.

Pour revenir à mon exemple, aujourd'hui je peux dire avec honnêteté que j'agissais avec une partie de mon ego, même la plus infime, que mes illustrations je les faisais aussi pour atteindre ce but : gagner confiance en moi.  Et c'était très bien ainsi ! Rien n'est la fruit du hasard, alors, naturellement on choisit des activités qui nous grandissent, qui nous soignent, qui nous délivrent, qui pansent nos blessures et c'est merveilleux ainsi.
Au final, mes dessins étaient l'eau qui emplissait ma coupe intérieure. Cela fonctionnait bien, car ces dessins venaient de moi, par moi, pour moi, donc je me soignais moi même par le biais de mes illustrations, en étant aiguillée par mon ego.
Cela n'aurait pas fonctionné dans d'autres circonstances, par exemple, si je cherchais à combler mon intérieur avec quelque chose de totalement extérieur à moi même. La nuance est essentielle.

Il faut apprendre à voir les choses avec honnêteté et les accepter, car cela revient à nous accepter et par conséquent nous aimer. C'est de cette manière que l'on se soigne véritablement, dans l'acceptation de tout ce que l'on porte : blessures, ego, lumière, obscurité, envies...

J'accepte d'avoir travaillé avec mon ego pour mieux parvenir à m'en défaire par la suite.
Car après avoir gagné confiance en moi, j'ai travaillé avec le cœur grand ouvert sans chercher à panser une quelconque blessure, et cela s'est ressenti dans mes dessins, ils étaient plus purs, plus vrais, plus sincères, plus moi, avec pour conséquences des commandes toujours plus nombreuses. Mais pour en arriver à ce stade là, il a fallut que j'écoute mon ego et comprenne la raison de sa présence : mon manque de confiance en moi.

Par conséquent, nous pouvons remercier notre ego, le rassurer, le câliner, car il nous laissera tranquille quand nous serons prêt pour cela. Et avant tout lui dire qu'on l'aime ! 
Aimer notre ego revient à envoyer de l'amour à une partie de soi qui en a besoin, et seul l'amour véritable panse les plaies.
Réconcilions toutes nos parties, ne séparons plus, ne divisons plus, usons d'amour et d'honnêteté afin de nous libérer de nos conflits intérieurs.

 

Emilie Dedieu